|
16-10-2005
Un vendredi à l’heure du déjeuner en terrasse. Ma mère a pris son après midi pour me voir, pour que l’on se retrouve et discuter autour d’une bonne assiette.On évoque l’avancé de mon nouveau job, la préparation de mon concours pour lequel elle me donne des conseils, mon statut de célibat qui commence à me peser, son séjour chez mes grands parents. Mais jamais on ne prononce le nom de mon père. Pourtant j’ai tant à dire. Est-il au courant de ma vie ? qu’en penserait-il ? est-il fier de moi ? mes interrogations resteront secrètes. Fin du déjeuner, nous décidons de nous dégourdir les jambes dans le grand magasin tout proche. Combien d’heures ai-je pu y passer étant plus petite ? Perdue au milieu des bijoux, des barrettes et des chapeaux je devenais hystérique et rêvait de me faire enfermer toute une nuit à l’intérieur. Plaisir suprême ! Pour retrouver un peu ce sentiment, j’emmène ma mère au rayon parfumerie. Avec elle à mes côtés je me sens une enfant revenue dans son terrain de jeux ! Marque après marque, nous regardons tous les flacons, commentons la forme, la couleur du contenu, l’odeur, laissant échapper un « ah berk » de temps à autre. Nous voici aux parfums masculins. Je le vois posé sur une étagère en équilibre, je le reconnais et je m’en approche un peu trop vite. Je ne réfléchis pas, je dévisse le bouchon et porte mon nez au vaporisateur. C’est l’odeur de papa. Celle qui a bercé mes jeunes années, que j’ai senti tous les jours en embrassant mon père. Il en versait même quelques gouttes sur mon oreiller les soirs de gros chagrin pour que je dorme mieux. Je ferme les yeux, et essaie d’imaginer ce visage que je n’ai pas vu depuis cinq mois. J’ai peur de ne plus y arriver à force. Je me tourne vers maman et murmure « c’est la seule chose qu’il me reste de lui… ». elle est triste aussi, aimerai bien m’aider. Je lui demande pourquoi il ne veut plus me parler, est-ce que je vais le revoir un jour ? elle ne peut pas me répondre. Je repose ce maudit flacon et me rends à un autre étage. Le cœur n’y est plus, je ne veux plus m’amuser. Je veux mon papa.
|