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29-09-2005
Vingt trois ans et quelques semaines que j’ai « ouverts les yeux sur le monde » comme le dit si joliment ma mère. Il y a exactement 8412 jours, je changeais pour toujours la vie de deux personnes, deux parents qui n’ont cessé jusqu’à présent de s’inquiéter pour moi. Au début, il s’agissait de ne pas dormir la nuit pour vérifier que je respirai bien. Ensuite, c’était de s’organiser au maximum pour ne pas avoir recours à une nourrice quelconque ; il leur était inenvisageable de me laisser à un tiers. Puis, je n’ai pas eu le droit de participer aux classes vertes et autres voyages de classe : imaginer qu’un chauffeur de car puisse avoir droit de vie et de mort sur moi les rendaient fous. En grandissant j’ai quand même pu choisir les langues que je voulais étudier au collège, et mon orientation au lycée malgré quelques conseils... Ce sera Littéraire n’en déplaise à mon paternel. Plus j’avançais en âge moins ils avaient leur mot à dire. Ils ont même été ravis d’apprendre que je ferai « Mon Droit ». Mais au début de la quatrième année, ce fut comme une révélation. Trois heures de débat pour savoir si le droit de rétention est une sûreté ou une simple garantie de paiement ! Je me souviens avoir regardé autour de moi, et m’être demandé ce que je faisais au milieu de tous ces gens qui hurlaient à qui mieux mieux pour prendre la parole et donner leur avis sur la question. Là j’ai compris que ce n’était pas ma place, qu’il me fallait autre chose pour me passionner, me faire vibrer, me donner envie de me lever le matin. Ce sera la Presse. Un beau virage à 360° donc. Mon père m’a alors dit que je pouvais faire ce que je voulais du moment que je m’assurais une place. Je pensais que son inquiétude s’était dissipée mais j’avais tout faux. Aujourd’hui je suis sûre que mon père a autant de mal à dormir qu’il y a 23 ans. Peur pour mon avenir, peur que je me retrouve sans situation stable. Peur que les employeurs ne me donnent pas ma chance, me virent à la moindre occasion tout comme cela a été son cas. Ce que j’ai pris pendant longtemps pour un manque de confiance en moi, n’est en fait que de l’amour profond. Alors je n’ose pas lui dire que ce matin j’ai reçu mon premier contrat de travail. Un vrai CDI, un contrat de collaboration avec une agence de presse comme photographe. Etre photographe, c’est mon rêve inavoué mais je pense que ce n’est pas la situation stable qu’il espère pour moi. Ma ceinture est bouclée, la voie est libre... je le prends ce tournant.
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